La dernière anesthésie relatée concerne une amputation de doigt, et l’on voit déjà pointer les problèmes liés au terrain du patient.

« Le 4 février à l’hospice Saint Jacques M. Corbet essaya l’éther sur un homme auquel il allait amputer l’indicateur de la main droite, dans la continuité de la première phalange ; mais cet individu, habitué aux boissons alcooliques, n’éprouva pas des effets aussi prompts que la malade opérée avant lui dans le même service….. L’énormité de sa bouche et l’épaisseur de ses lèvres faisaient en sorte que l’embouchoir ne pouvait les contenir toutes entières »…L’aspiration d’air pur conduit à procéder à l’oblitération des commissures labiales amenant enfin la « déclaration de l’ivresse. Or à la place de l’assoupissement, il survient une violente excitation, caractérisée par des vociférationset des gestes menaçants. Nonobstant ces dispositions, l’opération fut pratiquée sans fixer nullement l’attention du patient et sans interrompre l’ordre de ses idées. Peu à peu le calme se rétablit…. et il regagna son lit en titubant ». Le patient déclare n’avoir ressenti aucune douleur et ne garde aucun souvenir du déroulement de l’acte opératoire. Cependant « avant la cessation de son délire il vomit abondamment, on suppose qu’il avait fait un déjeuner clandestin ».

Suivent des réflexions concernant l’appareil d’anesthésie : deux modèles avaient été adoptés, identiques quant au mécanisme. « En effet, par l’un etpar l’autre, les vapeurs d’éther sont introduites dans la cavité buccale. Nous avons signalé le moment pénible qui commence l’expérience. Cela tient au contact irritant des vapeurs éthérées avec les muqueuses si impressionnables du larynx. C’est ainsi, en effet, que s’explique et la sensation d’âcreté, et la toux, et la constriction spasmodique de la glotte. N’y aurait-il pas, nous le demandons, de l’avantage à se servir d’une autre voie pour faire pénétrer l’éther dans les poumons ? Les fosses nasales sont plus étendues en longueur que la bouche, et l’impression de l’éther serait peut-être mitigée lorsqu’elle arriverait à l’entrée du larynx. D’un autre côté un appareil autre qu’un simple flacon ne nous paraît utile que pour les personnes indociles ou inintelligentes, et ne doit avoir pour but que de rendre le patient passif et incapable d’entraver le succès de l’opération. Or l’instrument que l’on possède actuellement ne remplit en aucune façon cette importante condition. Les sujets soumis aux expériences peuvent tromper à leur gré en feignant de respirer par le tube adapté à leur bouche,tandis qu’ils ingèrent de l’air extérieur, et puis, lors même qu’ils seraient animés du plus grand courage, il arrive un moment où l’instinct de la conservation, reprenant son empire, porte les individus à se soustraire au sommeil qui va les surprendre.

On obvierait à ces inconvénients en fixant l’embouchoir du tube aspirateur, soit à la bouche, soit aux narines, au moyen d’un mécanisme quelconque, tel qu’un fragment de masque, par exemple, qui se fermerait à la nuque et qui s’adapterait exactement, quel que fût la conformation des organes