Le lendemain, 2 février, elle voulut être débarrassée par le même procédé, de quelques racines difficiles à extraire, et cette fois les précurseurs de l’ivresse furent moins pénibles, car dans l’espace de 3 minutes l’insensibilité était produite »….

Le même jour, on procéda à la «  cautérisation de plusieurs dents à une jeune fille de 17 ans d’aspect chétif ». L’induction de l’anesthésie est accompagnée par  « un peu de hoquet et de dyspnée passagère qui précédent l’engourdissement, et en 4 minutes la cautérisation put être pratiquée sans que la patiente en eût conscience.» Quant à l’entretien, « un premier cautère ayant été éteint sur les dents, les inhalations furent reprises avant que l’ivresse fût dissipée entièrement et un deuxième bouton de feu fut promené sur les dents cariées »… La patiente dit « venir d’assister à un bal masqué qu’elle raconta dans les termes les plus pittoresques …. Un moment après cette jeune personne vomit un repas qu’elle avait fait peu d’instants auparavant, repas copieux, parce qu’on lui avait dit qu’elle ne pourrait plus manger de longtemps ».

1)M. Pétey recevra peu après un appareil à éther très amélioré expédié par MM. A.Bonnet et E.Ferrand de Lyon (Revue de Méd. de B. et de F-C, Avril 1847, n°3, p 152)

     Toujours, le 2 février, le Professeur Corbetprocède dans son service à « extirpation d’un œil cancéreux chez une femme de 69 ans. »…On utilise toujours le même appareil Luër. Cette fois ci on est confronté avec des problèmes de congruence entre l’appareil et la conformation anatomique du visage :« en raison de l’absence de dents, cette femme, comme on se l’imagine, avait les lèvres effacées et l’embouchoir du tuyau ne pouvait s’adapter exactement à la bouche. Cette conformation sénile contraria d’abord l’expérience,attendu que l’air extérieur s’introduisait dans les poumons en plus grande quantité que les vapeurs d’éther. On y remédia en garnissant de charpie les commissures labiales, et dès ce moment, les phénomènes précurseurs de l’ivresse se manifestèrent tels que la gêne momentanée de la respiration et le hoquet. Enfin, après 2 minutes environ, les mouvements des muscles respiratoires se succédèrent avec la plus grande régularité, et si l’on attendit 8 minutes avant de commencer l’opération, c’était plutôt par un surcroît de précautions que par une nécessité réelle, carl’insensibilité était arrivée à son summum bien auparavant, nous nous chargeâmes de maintenir l’appareil pendant toute la durée de l’opération et d’observer en même temps toutes les modifications que pourraient présenter les contractions du cœur sous l’influence des manœuvres chirurgicales. Notons que comme nous l’avons déjà constaté dans les expériences antérieures, cette femme habituellement pâle avait le faciès coloré, l’œil sain entrouvert, brillant et noyé de larmes. Les membres obéissaient aux lois de la pesanteur et les muscles étaient dans un relâchement absolu ». La durée de l’intervention est de …2 minutes. Avant d’achever le pansement on la laisse reprendre connaissance. « Sa joie manquera d’expression pour se traduire »….