Les observations sont puisées dans le service chirurgical du Professeur Corbet à l’Hôpital Saint Jacques alors appelé hospice, et « dans la pratique d’un habile dentiste », Monsieur Pétey. Hommage est rendu à ces deux hommes.
« C’est à M. Pétey, dont on sait la sollicitude pour tout ce qui peut contribuer au perfectionnement de son art qu’est dû le mérite d’avoir le premier fait connaître à Besançon l’appareil Luër, et dont nous lui témoignons, ainsi qu’à M. le Pr Corbet, notre gratitude pour les fréquentes occasions qu’ils nous ont offertes d’apporter notre contingent d’observations à toutes celles que la presse accumule chaque jour ». La Maison Luër, concurrente de Charrière proposait un flacon à éthériser.
Les toutes premières anesthésies eurent lieu le 31 janvier soit 40 jours après la première anesthésie générale à Paris.
Elles furent administrées à des « volontaires sains » avec un appareil à éthérisation que l’on retrouve à l’inventaire de l’hospice en date du 1° janvier 1947.
« Le 31 janvier, M. Corbet nous conviait à des essais qui furent pratiqués dans son service avec un appareil défectueux1 et disposé pour un tout autre objet. Plusieurs élèves en Médecine, ainsi qu’un de nos amis et collaborateurs, se soumirent successivement aux expériences et éprouvèrent des phénomènes aussi variés que remarquables, précurseurs plus ou moins avancés de l’ivresse extatique propre à l’éther.
Dans une même séance, une légère opération (ablation et cautérisation d’une verrue volumineuse) fut subie par un élève, sans manifestation de douleur.
Le lendemain, 1° février, dans le service du Professeur Corbet, M. Pétey administrela première anesthésie à un patient. L’expérience s’avère « complète et concluante sous tous les rapports ».
La description en est particulièrement détaillée et précise.
«  Une jeune fille d’une forte constitution, d’un tempérament nervoso-sanguin parfaitement dessiné, hésitait depuis longtemps à se faire extraire quelques dents cariées, à cause de la douleur qu’elle redoutait. Elle consentit à se prêter aux inhalations d’éther, et dès la première inspiration, elle accusa une sensation d’ardeur insupportable à la gorge, puis bientôt elle fut prise d’étouffements qu’elle chercha et qu’elle réussit enfin à maîtriser. Ces tentatives durèrent environ 4 minutes ; enfin l’opération se régularisa, et la respiration, jusque là saccadée, devint calme et uniforme. Huit minutes suffirent pour amener un état tel que les pincements les plus énergiques exercés sur la peau n’étaient plus perçus ; la résolution des membres et la flaccidité des muscles étaient complètes ; les yeux immobiles, entrouverts , légèrement injectés, larmoyants, et la sérénité des traits du visage, donnaient à cette jeune personne, un air de béatitude qui témoignait du bien être qu’elle pouvait éprouver . On éloigna l’appareil de la bouche et M. Pétey fit l’extraction de la première molaire supérieure droite sans que la patiente exprimât la moindre sensation . Après une minute de repos, elle reprit l’usage des sens et témoigna le plus grand regret d’avoir été distraite du rêve délicieux dans lequel elle disait avoir été plongée. Quand on lui eût montré la dent, elle ne voulût croire que ce fût la sienne qu’après s’en être assurée. Quant à la douleur, elle affirma n’en avoir ressenti aucune.