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Une étude pour mieux comprendre comment les adolescents régulent leurs émotions
Juillet 2021
Comment les adolescents modulent-ils leurs émotions ? La qualité des relations construites avec leur famille et amis a-t-elle une influence sur leur mode de vie, leur gestion du stress, leur façon de ressentir les choses ?
Au CHU de Besançon, des psychiatres ont cherché comment évaluer au mieux cette régulation émotionnelle, qui repose sur de nombreux facteurs. Dans cette étude, ils se sont intéressés au fonctionnement de l’adolescent et aux modalités d’interaction avec le parent, autour des besoins d’attachement, afin d’apporter des soins de façon plus adaptée.
L'adolescence, période de transition s'accompagnant le plus souvent de tumultes émotionnels, permet de parvenir à une maturation psychique et à une certaine autonomie. Selon leur tempérament et vécu, certains adolescents vont avoir des difficultés à réguler leur réactivité émotionnelle et présenteront des troubles du comportement, des souffrances psychiques. En France, le suicide est la 2e cause de mortalité des 15-24 ans. Ce passage à l’acte est souvent associé à de grandes difficultés à gérer les émotions dont le stress.
Le CHU de Besançon a mis en place un projet de recherche visant à définir des outils permettant de mieux comprendre les processus à l’origine des dysrégulations émotionnelles via la théorie de l'attachement.
L’attachement est un besoin inné considéré comme universel et irrépressible : chaque nouveau-né nait avec un besoin de s'attacher. A partir des réactions et des réponses des parents lors des moments de détresse, l'enfant va construire ses propres modèles mentaux de ses relations d’attachement, qui resteront inscrits, plus ou moins consciemment : « Comment exprimer ma détresse pour qu’elle soit comprise ? Que puis-je attendre de mes parents ? Quel réconfort ai-je reçu ? ». L'individu aura tendance, selon son style d’attachement, à percevoir les évènements de vie, les relations aux autres et la régulation de ses émotions à travers les relations qu’il aura partagé avec ses parents, ou des personnes qui se seront le plus occupées de lui.
Plusieurs styles d’attachement définis de façon universelle existent :
- Le premier, le plus représenté dans la population est l’attachement sécure. Il conduit à la confiance dans la disponibilité d'autrui, une bonne estime de soi. La personne peut exprimer facilement ses émotions et rechercher de l’aide si besoin.
- Les 2 styles suivants ne sont pas en soi pathologiques, mais adaptatifs à la relation que les enfants ont vécue. Dans certains cas, ils peuvent fragiliser les individus.
- L’attachement évitant amène à ne compter que sur soi, à éviter l’intimité et à ressentir des émotions négatives.
- L’attachement préoccupé entraine un manque de confiance en soi. La personne recherche les contacts mais n’est jamais satisfaite : elle gère difficilement le stress et les émotions négatives.
- Le dernier style, l ’attachement désorganisé est directement lié à la pathologie. Il correspond à l’absence de modèle stable de l’autre et de la relation, et entraîne le recours à des stratégies peu organisées, pour s’assurer de la disponibilité de ses parents souvent imprévisibles.
Au total, 81 adolescents lycéens et collégiens ont participé à cette étude. L’équipe utilise des stimuli visuels pour susciter des émotions et mesurer les paramètres neurovégétatifs de régulation émotionnelle en fonction des styles d’attachement. Ainsi, pendant que l’adolescent visionne des images activant l’attachement (personnages en situation de détresse, de solitude, de séparation suivies d’images de réconfort et de retrouvailles), ses mouvements oculaires sont mesurés ainsi que certains paramètres physiologiques (fréquence cardiaque, micro-sudation).
Cette étude implique également la participation de l’un des parents de chaque adolescent qui est reçu en entretien pour aborder les relations avec son enfant. Puis, un temps d’échange filmé est prévu entre le parent et l’adolescent pendant lequel ils débattent sur un sujet sur lequel ils sont en désaccord. Tous ces éléments sont ensuite analysés.
Cette recherche vise à caractériser quelles stratégies un adolescent utilise face à des émotions négatives en fonction de son style d’attachement et quelle est sa représentation de l’aide. Elle vise également à identifier des stratégies inconscientes ou « patterns d’exploration visuelle » activant l’attachement en sollicitant des émotions négatives comme des émotions liées au réconfort et à l’apaisement. Ces patterns pourraient constituer une aide diagnostique et thérapeutique pour des adolescents à risque de dérégulation émotionnelle, pour qui les outils traditionnels d’évaluation sont peu adaptés.
Les données obtenues permettront d’avoir une meilleure compréhension des réactions émotionnelles des adolescents, de ce qu’ils attendent des relations avec les autres, des modalités de relation avec leur(s) parent(s), et de savoir comment leur style d’attachement joue sur leur état de bien-être ou de stress. Cette approche innovante permettra alors d’adapter plus spécifiquement les soins à chaque adolescent et à leur famille en fonction de leur style d’attachement : choix des médiations thérapeutiques, du mode d'hospitalisation, choix du moment d'intervention.
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